Conflit au travail : que faire, étape par étape
Publié le 18 juillet 2026
Un conflit au travail s'installe rarement d'un coup. Il commence par une remarque de trop, une réunion tendue, un dossier retiré sans explication. Puis vient le moment où vous dormez mal le dimanche soir. Si vous en êtes là, la bonne nouvelle est que le droit suisse ne vous laisse pas seul : l'employeur a des obligations concrètes, et il existe des étapes claires à suivre, dans un ordre qui compte.
Étape 1 : documenter, avant tout le reste
Avant d'agir, écrivez. Un conflit professionnel se joue presque toujours sur des faits précis, et la mémoire est un mauvais témoin six mois plus tard. Notez, au jour le jour, dans un document personnel conservé hors du système informatique de l'entreprise :
- la date, l'heure et le lieu de chaque incident ;
- ce qui a été dit ou fait, en citation directe si possible, sans interprétation ;
- les personnes présentes ;
- l'effet concret sur votre travail (tâche retirée, information non transmise, exclusion d'une réunion) ;
- vos éventuels arrêts de travail et ce que le médecin a constaté.
Conservez également les courriels et messages pertinents. Cette trace n'est pas de la paranoïa : c'est ce qui permettra plus tard à un supérieur, à une personne de confiance, à un médiateur ou à un juge de comprendre la situation autrement que comme "deux versions qui s'opposent".
Étape 2 : la discussion directe, si elle est encore possible
Beaucoup de conflits reposent sur un malentendu qui s'est durci. Une conversation directe, demandée calmement et sur un fait précis ("j'aimerais revenir sur la réunion de mardi") règle plus de situations qu'on ne le croit. Deux conditions : que vous ne soyez pas en situation de peur, et que l'autre personne ne soit pas dans une position de pouvoir dont elle abuse déjà. Si l'une des deux manque, passez directement à l'étape suivante — s'exposer seul face à quelqu'un qui vous malmène aggrave généralement les choses.
Étape 3 : la personne de confiance
C'est le dispositif que la plupart des salariés en Suisse ignorent. Dans son commentaire de l'ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (OLT 3), le SECO recommande aux entreprises de désigner une personne de confiance, interne ou externe, à laquelle les collaborateurs peuvent s'adresser en cas de conflit, de harcèlement psychologique (mobbing) ou de harcèlement sexuel. Cette personne doit être formée, garantir la confidentialité des entretiens et n'avoir aucun lien hiérarchique avec les personnes concernées.
Concrètement : consultez le règlement interne, l'intranet ou demandez aux RH si votre employeur a désigné une personne de confiance. L'entretien est confidentiel et n'engage rien — vous restez maître de la suite. C'est souvent l'étape la plus utile et la moins coûteuse.
Ce que la loi impose à votre employeur
Deux textes se superposent, et il est utile de savoir les nommer dans un courrier :
- Art. 328 CO : l'employeur protège et respecte, dans les rapports de travail, la personnalité du travailleur, manifeste les égards voulus pour sa santé et veille au maintien de la moralité. Ce n'est pas seulement une obligation de s'abstenir : c'est un devoir d'assistance actif.
- Art. 6 LTr et art. 2 OLT 3 : l'employeur doit prendre toutes les mesures nécessaires, selon l'expérience et l'état de la technique, pour protéger la santé — y compris psychique — des travailleurs et leur intégrité personnelle, et édicter les directives correspondantes.
Autrement dit : une fois que votre employeur est informé d'un conflit qui affecte la santé d'un collaborateur, ne rien faire n'est pas une option neutre sur le plan juridique. C'est pourquoi un signalement écrit change la situation.
Étape 4 : le signalement écrit
Si la voie informelle n'aboutit pas, adressez un courrier factuel à votre supérieur du niveau supérieur ou aux ressources humaines. Restez descriptif, datez les faits, évitez les qualifications juridiques et les adjectifs. Demandez explicitement une mesure : un entretien tripartite, l'intervention de la personne de confiance, une médiation. Gardez une copie et, si possible, une preuve de réception.
Étape 5 : la médiation externe
La médiation est utile lorsque la relation de travail doit continuer, ou lorsqu'elle doit se terminer proprement. Un médiateur externe n'est ni juge ni arbitre : il n'établit pas qui a raison, il organise un cadre confidentiel où chacun peut dire ce qui bloque et où l'on cherche un arrangement praticable — répartition des tâches, changement de rattachement hiérarchique, règles de communication, ou conditions d'un départ négocié.
Deux avantages spécifiques au contexte suisse. D'abord la confidentialité : ce qui se dit en médiation ne se retrouve pas dans un dossier judiciaire. Ensuite le temps : une médiation se déroule en quelques séances, là où une procédure prud'homale se compte en mois. Elle est particulièrement adaptée aux conflits d'équipe, aux ruptures de relation entre un cadre et son collaborateur, et aux situations où un licenciement serait une réponse disproportionnée à un problème d'organisation.
À ne pas faire
Démissionner sur un coup de colère (vous perdez la protection contre le congé abusif et risquez des jours de suspension à l'assurance chômage) ; enregistrer secrètement vos collègues ; diffuser le conflit par courriel à toute l'entreprise ; menacer d'un avocat avant d'avoir épuisé la voie interne ; ou, à l'inverse, laisser passer des mois sans rien écrire. Le silence prolongé affaiblit votre position autant que l'emportement.
Si rien ne fonctionne : les voies formelles
L'inspection du travail cantonale et le SECO. La protection de la santé relève de la loi sur le travail, dont l'exécution est assurée par les inspections cantonales du travail, sous la surveillance du SECO. Vous pouvez signaler une entreprise qui ne prend pas les mesures organisationnelles exigées. C'est une voie administrative : elle vise l'entreprise et ses processus, pas l'indemnisation de votre cas personnel.
Le tribunal des prud'hommes. Les litiges relevant du contrat de travail passent d'abord par une conciliation, puis devant la juridiction du travail (tribunal des prud'hommes à Genève, tribunal de prud'hommes ou tribunal d'arrondissement selon l'organisation cantonale ailleurs en Romandie). Point important : selon l'art. 114 CPC, il n'est pas perçu de frais judiciaires dans les litiges portant sur un contrat de travail lorsque la valeur litigieuse ne dépasse pas 30 000 francs. Attention, cela ne vous protège pas d'éventuels dépens en faveur de la partie adverse.
Le congé abusif. Si vous êtes licencié et estimez le congé abusif, il faut faire opposition par écrit auprès de l'employeur avant la fin du délai de congé (art. 336b CO). Cette formalité est simple mais impérative : sans elle, le droit à l'indemnité s'éteint. L'indemnité est fixée par le juge et ne peut dépasser six mois de salaire (art. 336a CO). Si la conciliation échoue, l'action doit être ouverte dans les délais légaux — faites-vous conseiller rapidement, ces échéances sont courtes.
L'ordre compte
Documenter, parler, saisir la personne de confiance, écrire, proposer une médiation, et seulement ensuite les voies formelles : cet ordre n'est pas une politesse. Chaque étape franchie proprement renforce votre position à la suivante, parce qu'elle démontre que vous avez cherché une solution et que l'employeur a été mis en mesure d'agir.
Si vous envisagez une médiation — que ce soit pour dénouer une situation d'équipe ou pour négocier une sortie digne —, vous pouvez chercher un professionnel par canton dans notre annuaire des médiateurs certifiés et le contacter directement.