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Comment se déroule une médiation, étape par étape

Veröffentlicht am 16. Juli 2026

Beaucoup de gens renoncent à la médiation parce qu'ils ne savent pas ce qui les attend. On imagine une confrontation pénible, une salle d'audience en plus petit, ou au contraire une séance de thérapie. La réalité est plus prosaïque : un processus structuré, en étapes identifiables, dans lequel vous gardez la main à chaque instant. Voici comment cela se passe concrètement en Suisse.

1. Le premier contact

Une médiation démarre presque toujours à l'initiative d'une seule partie. Vous contactez un médiateur — directement, par un centre de médiation, ou sur suggestion d'un avocat, d'une autorité ou d'un tribunal. Vous exposez brièvement la situation par téléphone ou par courriel.

Si l'autre partie n'est pas encore au courant, c'est en général le médiateur qui l'invite à participer. C'est un détail qui compte : une invitation venant d'un tiers neutre est reçue très différemment d'une lettre de votre avocat. Le médiateur explique le cadre, ne prend parti pour personne, et laisse l'autre partie libre d'accepter ou non. Personne ne peut être contraint d'entrer en médiation.

2. L'entretien préliminaire et la convention de médiation

Avant d'entrer dans le fond du conflit, il y a une étape de cadrage. Le médiateur explique le processus, ses règles, son rôle, la confidentialité, les honoraires et leur répartition. Il vérifie aussi une chose essentielle : le dossier se prête-t-il à une médiation ? Un professionnel sérieux vous dira à ce stade si, à son avis, une autre voie est plus adaptée — par exemple en cas de violence, d'urgence, ou de déséquilibre de pouvoir trop marqué.

Si tout le monde souhaite continuer, les parties signent une convention de médiation. Elle fixe le cadre : objet du différend, engagement de confidentialité, tarif et répartition des frais, règles de fonctionnement (on ne s'interrompt pas, on ne quitte pas la salle sans le dire), et la possibilité pour chacun de mettre fin au processus à tout moment. Ce n'est pas une formalité : c'est le document qui rend le reste possible.

3. Les séances de médiation

Les séances se tiennent dans un lieu neutre, choisi d'entente. Selon le Pouvoir judiciaire genevois, une séance dure généralement une heure et demie à deux heures, et le processus s'étale sur plusieurs rencontres, dont le calendrier est fixé d'un commun accord entre les parties et le médiateur selon leurs disponibilités.

Le déroulement suit en général une progression :

  • L'exposé de chacun : chaque partie raconte la situation telle qu'elle la vit, sans être interrompue. C'est souvent la première fois depuis longtemps que cela arrive.
  • La clarification : le médiateur reformule, distingue les faits des interprétations, identifie les points réellement en litige et ceux sur lesquels tout le monde est déjà d'accord — ils sont souvent plus nombreux qu'on ne le croit.
  • Les besoins derrière les positions : une position, c'est « je veux 15 000 francs ». Un besoin, c'est peut-être « je veux que ce chantier se termine avant l'hiver » ou « je veux qu'on reconnaisse que j'ai fait ma part ». C'est là que se débloquent la plupart des dossiers.
  • La recherche d'options : on cherche largement, sans s'engager, avant d'évaluer.
  • La négociation et la mise en forme : on retient ce qui tient debout pour tout le monde et on le formule précisément.

Le médiateur peut aussi conduire des entretiens séparés (parfois appelés apartés ou caucus) avec chaque partie. Ce qui s'y dit reste confidentiel, sauf autorisation expresse de le transmettre.

Ce que le médiateur fait — et ce qu'il ne fait pas

C'est le malentendu le plus fréquent. Le médiateur ne juge pas, ne tranche pas, n'impose aucune solution. Il ne dit pas qui a raison. Il n'est pas votre avocat et ne représente aucune des parties. Il ne rend pas de décision et n'a aucun pouvoir de contrainte.

Son travail est de créer et maintenir les conditions d'un dialogue utile : garantir que chacun puisse s'exprimer, ramener la discussion sur le concret, tester la solidité des options, veiller à l'équilibre entre les parties, et aider à rédiger un accord clair. L'art. 215 CPC laisse d'ailleurs aux parties la responsabilité de l'organisation et du déroulement de la médiation : c'est votre processus, pas celui du médiateur.

Beaucoup de médiateurs recommandent que chaque partie consulte son propre conseil juridique avant de signer un accord, en particulier lorsque des montants importants ou des droits durables sont en jeu. Ce n'est pas un signe de défiance envers la médiation : c'est ce qui rend l'accord solide.

La confidentialité, en pratique

L'art. 216 CPC prévoit que la médiation est confidentielle et indépendante de l'autorité de conciliation et du tribunal, et que les déclarations des parties ne peuvent pas être prises en compte dans la procédure judiciaire. Concrètement : ce que vous proposez en médiation ne pourra pas vous être opposé plus tard devant un juge si le processus échoue. C'est ce qui permet d'explorer des solutions sans se découvrir.

4. L'accord

Si les parties trouvent une solution, elle est mise par écrit. Un bon accord de médiation est précis là où le conflit était flou : qui fait quoi, pour quand, comment, et que se passe-t-il si l'engagement n'est pas tenu. Les formules vagues du type « les parties feront leur possible » sont précisément ce qui relance les conflits deux ans plus tard.

Il arrive aussi qu'un accord ne soit que partiel : trois points sur cinq réglés, deux laissés au juge. C'est un résultat parfaitement légitime, et il réduit d'autant l'étendue et le coût de la procédure qui suit.

5. La ratification (homologation)

Un accord signé entre les parties est un contrat. Pour lui donner la même force qu'un jugement, il faut le faire ratifier. L'art. 217 CPC prévoit que les parties peuvent demander la ratification de l'accord conclu, et que celle-ci lui confère les effets d'une décision entrée en force. L'accord devient alors un titre exécutoire : si l'autre partie ne s'exécute pas, vous n'aurez pas à recommencer un procès pour faire valoir son contenu.

Cette démarche n'est pas automatique — c'est aux parties de la demander. Lorsque l'enjeu porte sur des versements échelonnés, des obligations durables ou des questions familiales, elle est vivement recommandée.

Combien de temps cela prend-il ?

Cela dépend entièrement du dossier et du rythme que les parties acceptent. Un différend simple, où les faits ne sont pas contestés, peut se traiter en deux ou trois séances rapprochées. Un conflit familial ou successoral ancien, chargé d'émotion, demandera davantage de rencontres, souvent espacées de deux à trois semaines pour laisser à chacun le temps de réfléchir et de consulter. Le point important est que vous décidez du calendrier : la médiation ne dépend pas de l'agenda d'un tribunal.

Et si la médiation échoue ?

Vous ne perdez ni vos droits ni votre place dans la file. Lorsque la médiation remplaçait la procédure de conciliation, l'art. 213 al. 3 CPC prévoit que l'autorité de conciliation délivre l'autorisation de procéder dès qu'une partie lui communique l'échec de la médiation. Et si une procédure judiciaire était déjà pendante, elle reprend son cours. Grâce à la confidentialité de l'art. 216 CPC, rien de ce qui a été dit en médiation ne vient affaiblir votre position.

Choisir la bonne personne

Le titre de « médiateur » n'est pas protégé en tant que tel en Suisse ; ce sont les fédérations professionnelles qui définissent les standards. La FSM (Fédération Suisse Médiation, également connue sous le sigle SDM) délivre des titres reconnus, exige une formation spécifique et impose à ses membres reconnus une formation continue contrôlée d'au minimum 60 heures sur trois ans. Certains cantons tiennent en outre leurs propres listes : Genève, par exemple, dispose d'un registre de médiateurs assermentés et publie la liste des associations et formations reconnues.

Au-delà du titre, fiez-vous à l'entretien préliminaire : un médiateur qui vous explique clairement ce qu'il ne fera pas est généralement un bon signe. Vous trouverez des professionnels par canton et par domaine d'intervention dans notre annuaire des médiateurs certifiés.